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Calabre. Riace, de village fantôme à terre d’accueil et d’intégration.

de Övgü Pınar
domenica 2 marzo 2014

Riace, le village italien devenu célèbre pour ses statues grecques en bronze, retrouvées au fond de la mer, est devenu le foyer d’autres créatures sorties elles aussi de la Méditerranée : les centaines d’immigrés qui maintiennent en vie cette bourgade calabraise. Si ces migrants sont d’ordinaire les protagonistes d’histoires tragiques dont on ne veut pas, ils sont à l’inverse considérés comme un bien précieux par cette petite commune de la Calabre. En effet, grâce à un programme d’intégration, Riace a transformé le phénomène migratoire en une réalité positive, un modèle de société exemplaire.

Ce succès prend racine dans le lointain conflit turco-kurde des années quatre-vingt-dix. Lorsque quelques 200 réfugiés débarquent sur les côtes ioniennes en 1998, ils sont accueillis par l’association «Città Futura». Le village à l’époque comptait un grand nombre de maisons abandonnées car une bonne partie de ses habitants avaient émigré à la recherche d’un travail et de meilleures opportunités. Ainsi, l’association hébergea les réfugiés dans les habitations qui menaçaient de tomber en ruine en échange de travaux de rénovation. Parmi les fondateurs de Città Futura se trouvait Domenico Lucano, l’actuel maire de Riace. Lucano s’investit totalement pour éviter à Riace de devenir un village fantôme en aidant les migrants à commencer une nouvelle vie.
(Voir l’article de Marc Delacherie pour Altritaliani: Riace et Città Futura
http://www.altritaliani.net/spip.ph...).

Les anciens savoir-faire du village qui risquaient de tomber dans l’oubli furent récupérés grâce aux nouveaux venus qui se mirent à travailler la céramique, le chocolat, à se consacrer aux métiers de l’artisanat local : broderie, menuiserie, tissage. Ces activités professionnelles permirent aux migrants de subvenir à leurs besoins tout en créant de nouvelles perspectives et de nouveaux débouchés économiques à la commune qui les avait adoptés.

Aujourd’hui les immigrés représentent 20% des 1700 habitants de Riace. L’école, qui était fermée depuis 2000 à cause du manque d’inscrits est à présent bouillonnante d’activité grâce aux enfants d’immigrés de huit nationalités différentes.

Le kurde Bahram Acar est l’un des premiers étrangers à avoir foulé le sol de Riace. Fuyant le conflit turco-kurde des années quatre-vingt-dix, il débarqua en Calabre en 1998 et commença à travailler comme ouvrier. Il vit toujours dans le village, a désormais acquis la nationalité italienne et aide à son tour les immigrés de fraîche date. « Ils en sont à leurs débuts comme je l’ai été moi-même il y a des années lorsque j’ai été aidé; c’est donc à moi maintenant de donner un coup de main » a-t-il confié au quotidien britannique ‘The Observer’.

Les habitants de Riace qui autrefois émigraient en Nouvelle Zélande, en Argentine, aux Etats-Unis ou dans le nord de l’Italie à la recherche d’un emploi, n’abandonnent plus leur village d’origine. La vitalité économique créée par le programme d’intégration a également amélioré leurs conditions de vie. Grâce au soutien financier du gouvernement et à celui de l’Union européenne pour les politiques migratoires, les Calabrais ont plus de débouchés professionnels. Le maire soutient que son système d’intégration coûte quatre fois moins cher que les centres de rétention administrative pour l’hébergement des immigrés et des réfugiés.

Le retard dans le versement des financements alloués pour l’accueil des nouveaux arrivants a poussé Riace à imprimer sa propre monnaie, ornée des visages du Che Guevara, de Gandhi et de Martin Luther King. L’édile explique que les fonds arrivent systématiquement avec un retard pouvant aller jusqu’à sept mois. Ainsi la commune a-t-elle décidé de créer son propre argent pour les dépenses quotidiennes des migrants. Les demandeurs d’asile utilisent les faux billets pour leurs achats et les commerçants les échangent contre de vrais euros, une fois parvenus les fonds gouvernementaux et européens.

En 2010, le «premier citoyen» de Riace (Domenico Lucano) est arrivé à la troisième place dans la liste des meilleurs maire du monde pour ses services rendus aux immigrés. L’histoire de Riace est devenue aussi un court métrage signé par Wim Wenders en 2012. Le réalisateur allemand raconte dans «Il Volo» comment cette petite commune a su transformer l’immigration en ressource au lieu de la considérer comme une menace.

Pourtant, malgré son succès, le maire et son projet d’intégration ne sont pas appréciés par tout le monde. La ‘Ndrangheta (nom de la criminalité organisée en Calabre), qui a peur de perdre son pouvoir sur le territoire, a essayé d’intimider à plusieurs reprises Domenico Lucano, allant jusqu’à ouvrir le feu sur lui alors qu’il dînait dans un restaurant et en empoisonnant son chien. Mais l’édile a affirmé qu’il ne se laisserait pas intimider. Dans toutes les interviews qu’il a données, il continue à clamer haut et fort : «Les plus pauvres des pauvres pourraient bien sauver Riace et, en échange, Riace pourrait bien les sauver.»

Övgü Pınar
Traduction Nathalie Galesne
11/02/2014
Pour Babelmed


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