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Nouveauté éditoriale

Stefano Benni: “Chers monstres” - Acte Sud

domenica 25 giugno 2017 di Marguerite Pozzoli

Une galerie de monstres, d’hier et d’aujourd’hui. Et si les “monstres” de notre société moderne, nous suggère Stefano Benni dans ce recueil de nouvelles, formidablement traduit en français par Marguerite Pozzoli, ne ressemblaient en rien à ceux des légendes? L’humour dévastateur de Benni, trempé dans une noirceur habitée d’allégresse, fait mouche une nouvelle fois.

Loin de le définition courante, qui voit dans le «monstre» ce qui nous terrorise parce qu’étant le contraire de l’humain, Stefano Benni joue d’emblée, dans le titre de son dernier recueil de nouvelles, sur un paradoxe: si ces «monstres» lui sont «chers», ne serait-ce pas parce qu’ils ne sont pas si éloignés de nous? Diderot ne disait-il pas que l’homme est «le monstre de la femme» et celle-ci «le monstre de l’homme»?

En effet, dès la première nouvelle, qui met en scène un personnage qui se retrouve affublé d’un animal de compagnie inquiétant, le Wenge, soupçonné d’avoir éliminé son chien et son chat, nous apprendrons peu à peu que ce narrateur, chargé des «ressources humaines» dans une entreprise, est sans doute bien plus monstrueux que l’animal qu’il a fait entrer dans son logis. Quant au malheureux Nosferatu égaré dans notre XXIè siècle, il est vampirisé par un inspecteur des impôts!

Mais le «monstre», étymologiquement, c’est aussi la «merveille», l’élément qui surprend et perturbe l’ordinaire: ainsi de cette statue de la Vierge Marie qui a l’audace de rire, et qui met à mal l’univers d’un curé allergique à l’humour (Le miracle). Ou bien, beaucoup plus inquiétant, le décor quotidien d’un homme qui semble faire du surplace au lieu d’avancer dans sa rue, laquelle semble se refermer sur lui comme un piège (Vers la maison).

Humoriste et satiriste, Stefano Benni prend plaisir à dénoncer les méfaits de la société moderne, qui engendrent les pires violences: des nymphettes hystériques et sans scrupules sont prêtes à tuer pour obtenir un billet de concert de leur boys band adoré (Sonia et Sara), une lycéenne persécute son soupirant en lui faisant du chantage au film qu’elle a pris avec son smartphone, et qu’elle est prête à diffuser sur YouTube pour le ridiculiser (Camarades de classe). Victime de la multiplication des cartes à puce, M. Zéphyr voit un jour tous les guichets nier son existence (Numéros).

L’auteur se plaît aussi à revisiter des contes et des personnages traditionnels – Dracula, Hansel et Gretel, que leur bûcheron de père a le mauvais goût de priver de jeux vidéo, et qui se retrouveront prisonniers d’un réseau lié à la pédophilie…

De quoi avons-nous peur, se demande Benni? Dans une nouvelle qui est un hommage à Edgar Poe, l’un de ses maîtres à penser, il laisse entendre que la peur de la mort est LA peur par excellence, mais il suggère aussi que ce qui fascine et terrorise, c’est l’inconnu: il suffirait parfois, comme dans l’Histoire de la sorcière Charlotte, de pousser une porte close pour savoir ce qui se cache derrière, au lieu de trembler face à l’inconnu.

Homme-orchestre accompli, Stefano Benni multiplie les formes et les registres – grotesque, dialogues savoureux, histoires qui s’emboîtent les unes dans les autres, monologues truffés de mots inventés, feuilleton policier qui met aux prises un matou désabusé, l’inspecteur Mitch, et un serial killer de chats, parodie des films d’horreur. Entre sagesse et folie, Benni, dont les modèles vont de Rabelais à Dario Fo en passant par Edgar Poe, nous montre toute l’étendue de son talent de nouvelliste qui a su, dans chacune de ces histoires, trouver la mesure et le rythme adapté au sujet.
Un art quasi «géométrique», tout en subtilité, fruit d’un travail d’orfèvre, derrière l’aisance apparente du jeu….

Marguerite Pozzoli

Stefano Benni, Chers monstres, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, 293 p., 22,80 euros.

Brève biographie de l’auteur:
Stefano Benni vit à Rome. Auteur de romans, de nouvelles, de poèmes et de pièces de théâtre, il est également acteur depuis plusieurs années.
Le Bar sous la mer, Bar 2000, Saltatempo, Marguerita Dolcevita, Achille au pied léger, La Compagnie des Célestins, De toutes les richesses, et bien d’autres ont été publiés aux éditions Actes Sud et traduits par Marguerite Pozzoli. Blues en seize a été publié aux éditions Phi et traduit par Jean Portante.


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