Altritaliani

Dario Fo, le plus joyeux Prix Nobel de Littérature, s’en est allé…

giovedì 13 ottobre 2016 di Brigitte Urbani

Il s’en est allé... Le grand acteur, le grand dramaturge italien, tant apprécié, en France aussi. Le metteur en scène, l’imprésario, le citoyen engagé, l’homme de gauche à l’écart des partis, le saltimbanque qui se moquait de tous les pouvoirs. Le Prix Nobel de Littérature le plus joyeux, auquel on doit, comme l’écrit Erri De Luca, le sourire de la reconnaissance plutôt qu’une larme. Un article de Brigitte Urbani, auteure du livre “Jongleurs des temps modernes: Dario Fo et Franca Rame”.

C’est un passionnant spectacle en trois actes nourris de multiples scènes et tableaux qu’a offert au public, depuis la fin des années 50, l’extraordinaire couple de jongleurs modernes que formaient Dario Fo et son épouse Franca Rame. L’année 2013 en a constitué l’épilogue, lorsque Franca la giullaressa (jongleuse) s’est éteinte. Aujourd’hui Dario nous quitte, laissant à ses fidèles l’image du fabuleux giullare qu’il a été, image immortalisée par les diverses captations encore disponibles en DVD qui reproduisent les étourdissantes performances du jongleur de Mistero buffo, du fou de Morte accidentale di un anarchico ou de l’ouvrier naïf de Non si paga! Non si paga!

Une carrière théâtrale picaresque de plus de soixante années, qui peut être suivie comme une vaste épopée, ou mieux, comme une longue pièce de théâtre épique, tant elle est riche en moments intenses, en coups de théâtre, en rebondissements, tant elle est à la fois variée dans ses motifs et cohérente dans le message à transmettre. Une carrière depuis toujours liée à la délivrance d’un message politique et social, comme en témoigne l’attribution du Prix Nobel de Littérature en 1997.

Période du « théâtre bourgeois » (1959-1967), « période rouge » (1967-1979), puis « période rose » : telles sont les appellations, un peu hâtives certes mais représentatives, par lesquelles ont été désignés les moments essentiels de ce théâtre – créations collectives orchestrées par le couple ou créations à deux, car le théâtre de Dario Fo n’aurait pas été ce qu’il a été sans la présence, l’écoute, les conseils, le travail considérable de l’irremplaçable Franca Rame.

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Dario Fo et Franca Rame

Un théâtre fidèle à une ligne qui demeura constante, comme le démontrent des thématiques récurrentes telles que le souci de contre-information, tant face aux événements de l’actualité que vis-à-vis de la culture diffusée par les organes officiels, l’usage de l’Histoire comme métaphore du présent, l’inclination pour le Moyen Âge, le lien entre religion et politique, la récurrence de la figure du simple d’esprit pour mettre en exergue la folie du monde, la place déterminante du jongleur fabulateur, l’importance du comique, du grotesque, de l’absurde, qui chez Fo ne sont jamais dissociés du message politique, le dépouillement du décor au profit du geste et de la parole de l’acteur… Un théâtre populaire, et donc toujours un théâtre de situation, qui a évolué selon les temps en farces, comédies épiques, théâtre militant, monologues narratifs, leçons-spectacles… orchestré par celui qui fut à la fois auteur, metteur en scène, scénographe et acteur hors pair et par son incomparable compagne, merveilleuse actrice, autrice de talent et talentueuse administratrice de la compagnie.

De nébuleuses raisons écartent depuis quelque temps les œuvres du couple Fo-Rame des scènes françaises. Il est à souhaiter que celui qui, dans le cadre du Festival in d’Avignon, a triomphé, en 1971, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes avec Isabella, tre caravelle e un cacciaballe, puis, en 1973, avec Mistero buffo, et dont plusieurs pièces étaient, jusqu’à une date récente, jouées chaque année avec grand succès dans le cadre du Festival off, puisse à nouveau réjouir les publics de tout âge et de toute tendance. Dario Fo et Franca Rame aimaient la France, le public français n’a jamais cessé de les aimer.

Brigitte Urbani
Agrégée de langue et littérature italiennes
Aix-Marseille Université

*

LIENS ALTRITALIANI

HOMMAGE À FRANCA RAME ET À DARIO FO. INVITATION À APPROFONDIR LEUR ŒUVRE.

- Jongleurs des temps modernes - Dario Fo et Franca Rame
Un article de Brigitte Urbani (2013)

- L’Italien Dario Fo fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française avec “Mystère Bouffe”
Un article de Laetitia Dumont-Lewi (2010)

*

Les mots d’Erri De Luca sur son site officiel qui ont inspiré le titre de cet article:

In una sua canzone, “Shelter from the storm” Bob Dylan scrive che la bellezza cammina sul filo di un rasoio. Lo stesso si può dire dell’ironia che sta sul tagliente equilibrio del funambolo.

Dario Fo e Franca Rame, sono stati i maestri circensi dell’irriverenza verso le autorità. Ne sono stati ripagati con ostilità e distanza. La fama mondiale, rincarata dal Nobel per la letteratura, è stata trattata dal potere politico come un disturbo della quiete pubblica. Dal ’97, anno di assegnazione del massimo riconoscimento letterario, a oggi, per diciannove anni questo paese non ha saputo che farsene di lui. Lui non si è dato per celebrato e messo a riposo sopra il piedistallo. Ha continuato a intervenire con le sue opere e con la sua persona nelle tensioni civili italiane. In diverse occasioni gli italiani lo hanno incrociato in piazza, condividendo fisicamente cause necessarie.
A me ha dato pronto sostegno quando venivo processato per le mie parole contrarie al tossico traforo in Val di Susa.
Non era l’intellettuale impegnato che parlava ex cattedra. È stato il cittadino Dario Fo che ha preso impegni scomodi e dolenti, scendendo dal palco per stare insieme.
È stato il più allegro premio Nobel della letteratura. Gli si deve al posto di una lacrima la gratitudine del sorriso.

Erri De Luca

*

Traduction de Marguerite Pozzoli

Dans une de ses chansons, Shelter from the Storm , Bob Dylan écrit que la beauté marche sur le fil du rasoir. On peut en dire autant de l’ironie qui se tient sur l’équilibre tranchant du funambule.

Dario Fo et Franca Rame ont été les maîtres circassiens de l’irrévérence envers les autorités. Ils ont été payés en retour avec la méfiance et l’hostilité. Leur réputation mondiale, consolidée par le prix Nobel de littérature, a été traitée, par le pouvoir politique, comme un trouble à l’ordre public. Depuis 1997, année où leur fut assignée la plus grande reconnaissance littéraire, jusqu’à aujourd’hui, ce pays, pendant dix-neuf ans, n’a su que faire de Dario Fo. Lui ne s’est pas considéré comme célébré et mis au repos sur un piédestal. Il n’a pas cessé d’intervenir avec ses œuvres et avec sa propre personne dans les tensions qui parcouraient la société italienne. Les Italiens l’ont croisé sur la place publique à maintes occasions, partageant avec lui, physiquement, des causes nécessaires. Quant à moi, il m’a immédiatement soutenu quand j’ai été jugé pour ma parole contraire au projet toxique du tunnel dans la vallée de Susa. Ce n’était pas l’intellectuel engagé qui parlait ex cathedra, mais le citoyen Dario Fo qui a pris des engagements inconfortables et douloureux, descendant de scène pour être ensemble.
Il aura été le prix Nobel le plus joyeux de la littérature. Au lieu d’une larme, nous lui devons la gratitude du sourire.


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