Altritaliani
La Piazza d’Altritaliani

Serena Reinaldi, Reinaldi, avec un i

martedì 26 aprile 2016 di Jean-Claude Renard

La comédienne revient sur les planches, au Théâtre Studio Hébertot, avec une pièce portée par le féminisme: «Et pendant ce temps, Simone veille !» Portrait et retour sur le parcours atypique d’une frondeuse née près de Turin.

Elle joue successivement plusieurs personnages, et autant de femmes représentant leur époque, symbolisant une période, d’une génération l’autre, et pointant l’évolution de la condition féminine, des années 1950 à aujourd’hui.

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Serena Reinaldi au centre, dans la pièce ’Et pendant ce temps, Simone veille !’

A côté de trois autres comédiennes, Serena Reinaldi n’est pas loin de jouer son propre rôle, celui qui aurait été sa grand-mère peut-être, avec ses origines modestes, celui qui aurait pu être sa mère aussi, dont la conscience se lèverait doucement, le sien enfin, avec ses emportements justes, le poing tendu, déployé allègrement dans cette pièce de théâtre résolument politique, pas moins drôle, ponctuée d’anecdotes, de petits pas de côté dans le quotidien toujours significatifs, nourrie de cocasseries et de chansons popu à souhait, de refrains fringants, glissant du droit de vote à la légalisation de la pilule contraceptive et la dépénalisation de l’avortement. En toute légèreté.

Serena Reinaldi se fait timide, hésitante, virulente, vociférant puis riant, chantant, alterne les genres, avec son phrasé particulier, son accent italien. Pas de hasard puisque la comédienne est italienne. Avec derrière elle un bagage conséquent, peu commun.

Ça a débuté comme ça. Dans une petite localité, aux portes de Turin, à Moncalieri, en 1978. Ses parents sont des soixante-huitards assumés. Elevé dans une école religieuse, chez les Jésuites, professeur de lettres, son père a longtemps été militant de Lotta Continua, formation communiste et révolutionnaire ; sa mère, professeur de dactylographie avant de se tourner vers l’enseignement social, est une féministe convaincue. Tous deux se rencontrent dans une convergence politique particulière, en réaction à leur éducation, tout en évoluant dans les creux d’univers parallèles.

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Serena, dans les bras de son père

« J’ai toujours baigné dans des milieux très différents, confie Serena Reinaldi. Athée, mon père était d’un fervent anticléricalisme, adorant la France, ma mère fréquentait des groupes féministes, pratiquait l’astrologie, se piquait de chamanisme, dans un esprit plus ou moins hippie, un univers très spirituel, plein de contradictions. » La comédienne se souvient encore d’un incendie à la maison, à la suite d’une curieuse séance spirituelle, où tout le monde s’est retrouvé à la rue, chacun avec ses habits de moine, des bâtons et des cristaux entre les mains, au milieu des pompiers ! « J’ai retenu une chose, relève-t-elle, c’est que les féministes peuvent être bizarres ! » Elle en convient : « J’ai grandi avec cette héritage totalement confus. » Entre un père, véritable guide, mentor, intransigeant et nourricier en même temps, qui endosse le rôle de mère, et inversement.

Ça ne peut guère durer. Quand ses parents se séparent, la petite Serena a tout juste trois ans. Anecdote peu banale : cette séparation constitue en Italie la première garde partagée. « J’avais deux chambres, deux maisons, et je passais de l’une à l’autre avec mes affaires. Cela m’a donné sans doute le goût du voyage ! » En attendant, elle entre à l’université au moment où son père meurt d’un cancer, plus précisément, elle passe le concours du Conservatoire de Turin le jour même où son père disparaît. C’est l’échec; l’envie de scène reste pressante, elle rebondit au Conservatoire de Bologne. Une envie qui date, remonte à l’adolescence, cependant que son père louait une chambre à une comédienne. « C’est là que j’ai découvert l’envers et l’endroit du métier, quelque chose de fascinant, en côtoyant une comédienne jouer dans “La Mouette” de Tchekhov et rentrer à la maison le soir, au cœur de la transformation. Je prenais le petit-déjeuner avec elle, et sur scène, je ne la reconnaissais plus ! C’est donc là que j’ai compris qu’on peut devenir quelqu’un d’autre, j’ai vécu cela comme une révélation. »

Trois années durant, l’expérience à Bologne est marquante. C’est la première fois que la jeune femme vit seule, loin de ses parents, « dans une dynamique de création totale, de neuf heures à dix-huit heures ». Elle fait l’apprentissage de la scène sous la férule d’Alessandra Galante Garrone, élève de Jacques Lecoq, pleinement inscrite dans la révolution théâtrale, privilégiant le travail sur le corps. Apprentissage difficile, parfois douloureux, qui ne vous épargne pas les humiliations, ni la compétition, « un état d’esprit très formateur », convient maintenant Serena Reinaldi. Pour arrondir la fin de mois, elle fait le service dans un restaurant.

Au sortir du Conservatoire, elle tient un rôle dans La Locandiera de Goldoni, et tourne pendant trois ans, tandis qu’elle reprend des études d’art musique et spectacle à la fac de Turin. On est à la fin 2002. Les propositions de rôle deviennent rares, sinon pour jouer les vélines sous la direction de metteurs en scène adipeux. La fraîche comédienne tombe de haut, et postule pour la fac de Saint-Denis. Erasmus aidant. Elle ne parle pas un mot de français, tant pis. Et débarque à la rentrée 2003 dans la capitale française, dans un petit studio de 10 m2, au cœur du Xe arrondissement parisien. C’est encore une expérience qui s’ajoute dans la musette, celle d’une nouvelle langue, d’une autre atmosphère estudiantine, flirtant la bohême.

Au hasard des petits boulots, elle répond à une petite annonce pour un casting. Elle ne le sait pas encore, mais va très vite comprendre qu’il s’agit d’une production Endemol, grand pourvoyeur d’une télé-réalité qui fait ses premiers pas sur le petit écran, après le succès de Loft Story. « Non, merci ! », réplique la comédienne au bout du casting. C’était sans compter sur l’obstination de la production, qui tient à son profil brut de décoffrage et naïf, drôle et entier, à son français vacillant mâtiné d’accent glamour. Avec un argument de poids pour convaincre : un salaire net de 600 euros par semaine. « Par semaine !, s’exclame-t-elle encore. Pour moi, vivant dans un petit studio, c’était juste énorme ! J’étais aussi venue en France pour vivre des expériences, et j’avais peu à perdre. Quand on n’est pas dans son pays, on n’a pas l’impression de cautionner quelque chose. Je n’avais pas la télévision, je ne savais même pas ce qu’était TF1 ! » J’y vais, j’y vais pas, s’interroge-t-elle. « Je voyais déjà mon père se retourner dans sa tombe, pendant que ma mère me poussait à y aller. » C’est l’un des premiers choix de vie professionnelle devant elle. Finalement elle accepte, prenant les choses comme une expérience anthropologique, sociologique.

Nom du divertissement : « Nice people ». Avec un concept (forcément) simple, celui de l’auberge espagnole, le brassage de différentes nationalités dans une même maison, cernée de caméras, filmée 24hx24. « C’était certes débile, observe a fortiori la comédienne, mais bon enfant. » Serena Reinaldi n’en sortira jamais. C’est-à-dire que si chaque semaine un hôte est éliminé, elle va au bout de l’aventure, et l’emporte. Sans doute parce qu’elle n’entre dans aucun mécanisme, aucune stratégie de victoire. Naturelle pur jus. « Cela a duré deux mois, deux mois en étant filmée tout le temps. Quand j’en suis sortie, je me demandais encore s’il n’y avait pas de caméra chez moi ! Surtout, je me suis retrouvée avec une centaine d’invitations par jour pour tout et n’importe quoi, des télés, des radios, etc. J’étais devenue un personnage public, très aimé des Français. C’est peut-être pour cela que je suis restée en France, alors que je songeais à créer une école de théâtre en Italie. »

Deux mois après « Nice people », elle est sur scène pour une comédie de boulevard. Et se dit « ça y est, c’est possible, on peut vraiment jouer », tandis qu’elle additionne les plateaux. Elle va encore tomber de haut, comprenant qu’on l’invite pour son pittoresque, non pour ses qualités de comédienne. Et pourtant, « je ne suis pas la starlette à la con ! » Il va falloir faire preuve d’intelligence et forcer les portes. En adaptant des textes de Dario Fo au festival d’Avignon, seule sur scène. Changement de cap radical. Avec Parole parole, le public découvre une autre personnalité, militante, combattive, obstinée dans ses choix, non sans humilité aussi. Avant d’enchaîner avec Franca Rame, au Théâtre du Ranelagh.

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Serena Reinaldi avec Christophe Alévêque dans Ciao Amore

C’est aussi dans cette période, au mitan des années 2000, qu’elle entame son travail du côté des associations, suivant certaines causes, et ses thèmes de prédilection : la violence faite aux femmes, les prisons et l’éducation dans les zones défavorisées. Encore faut-il affronter les hypocrisies du métier. « Pas facile quand on n’est pas élevée dans cet esprit !, quand on veut avancer loin de ses racines, loin de sa famille. » Mais la passion est un moteur, le sien, inlassablement, tout ce qui fait et donne sens. Surtout, forte de ses expériences diverses, de Bologne à « Nice people », Serena Reinaldi entend faire passer ses idées à travers le prisme du populaire. A son crédit, avoir fait entrer une journaliste de Télé 7 jours en prison pour la suivre dans son travail auprès des détenues. Un coup de contorsionniste qui la conduit à monter Il était encore une fois, spectacle et documentaire, réalisé avec une quinzaine de détenues de Fleury-Mérogis.

Un engagement souterrain, discret, qui n’empêche pas de multiplier les pièces, comme La Gueule de la mariée, Ciao Amore (en duo avec Christophe Alévêque, son compagnon), ou encore Ha ! Le grand homme !
En portant fièrement son nom. Parce que Reinaldi, avec i, c’est rare. « Je le tiens de mon grand-père, artisan boucher mais aussi partisan pendant la guerre, combattant le fascisme. Je suis dans cette lignée de résistance. » Avec raison et conviction.

Jean-Claude Renard

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Et pendant ce temps, Simone veille !
Théâtre Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles 75017 Paris
Du 26 avril au 26 juin 2016
EN SAVOIR + SUR LE SPECTACLE
Location au 01 42 93 13 04 ou en ligne: www.studiohebertot.com

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