Altritaliani

La bergamote de Reggio de Calabre, un précieux patrimoine botanique.

lunedì 28 novembre 2016 di Ugo Sergi

La bergamote est un agrume d’origine antique, principalement cultivé le long de la côte Ionienne de la province de Reggio de Calabre. Il fait penser au citron, en plus gros, mais son arôme est beaucoup plus pénétrant. L’huile extraite de son écorce est à la base de nombreux parfums et cosmétiques. On l’utilise aussi dans le domaine agroalimentaire, en pâtisserie, pour aromatiser le thé Earl Grey, les bonbons de Nancy... et pour ses propriétés thérapeutiques. Un article de Ugo Sergi, producteur de bergamote à Amendolea en Calabre.


La bergamote est classée comme Citrus Bergamia.
Le fruit a une forme sphérique semblable à celle de l’orange mais il est jaune comme un citron, et la plante peut être facilement confondue avec l’un et l’autre de ces deux agrumes. A cette différence près que, contrairement aux autres citrus, on ne le consomme pas (bien que son jus soit tout à fait comestible). Il est récolté principalement pour l’extraction de son écorce d’une huile essentielle très parfumée et très appréciée des parfumeurs du monde entier. La récolte a lieu en janvier lorsque l’écorce jaunit sous l’effet du froid.


Origine de la bergamote
Tout le monde n’est pas d’accord sur l’étymologie du terme “bergamote”.
Pour certains, elle dérive de la ville espagnole de Berga, l’actuelle Barcelone, pour d’autres, de la ville de Pergame, l’antique Troie, pour d’autres encore, du turc Beg-ar mudi qui signifie “poire du seigneur”, en raison de la forme en poire des premiers fruits de bergamote.

A la différence de la plupart des autres agrumes existants, et malgré de très nombreuses études, on connaît très peu de choses sur la bergamote. Par exemple, on ne connaît pas son origine botanique. Quand on sème une graine de bergamote, on n’obtient pas un plant de bergamote mais un oranger amer (ou sauvage). Celui-ci doit ensuite être greffé. Cette constatation a fait dire aux scientifiques que la bergamote est née de la mutation naturelle de l’orange amère. Mais où et quand cela est arrivé, personne ne le sait. On ne sait pas non plus comment cette plante a bien pu choisir la zone la plus au sud de la Calabre, en particulier la côte ionienne de la province de Reggio (environ 120 km), pour croître et fructifier de manière quasi exclusive, puisqu’on y récolte plus de 90% de la production mondiale. De nombreuses tentatives pour l’introduire dans d’autres régions d’Italie, d’Europe, d’Asie, d’Amérique, n’ont guère été concluantes. En Afrique, elle est marginalement cultivée dans une région de la Côte d’Ivoire et au Maroc.

Pour expliquer ce phénomène, beaucoup ont fait référence au microclimat dont jouit la côte de Reggio de Calabre, mais sans identifier les causes réelles, sans pouvoir les individualiser. Il s’agit probablement d’un ensemble de facteurs: la très légère différence entre la température nocturne et la température diurne sous tout l’arc côtier de la bergamote; la géomorphologie caractérisée par d’amples vallées parcourues par les fiumare, cours d’eau très caractéristiques de cette zone; le sirocco qui apporte périodiquement en hiver des pluies abondantes et en été de la chaleur humide (alors que d’ordinaire la chaleur dans la région est sèche); les sols alluviaux riches en substances minérales, l’eau abondante grâce à l’irrigation en été (chaque plante adulte reçoit entre 800 et 1000 litres tous les 15 jours); l’exposition au sud de toute la zone, etc...

L’huile essentielle de bergamote: aqua admirabilis.

Tous ces facteurs concourent à "la perfection organoleptique" de l’huile essentielle de bergamote, extraite de la pelure par un procédé à froid grâce à des rouleaux cylindriques qui la râpent. Durant cette opération, le fruit est continuellement aspergé de petits jets d’eau sous pression qui, tout en lavant l’écorce, transportent dans des centrifugeuses l’huile essentielle qui est ensuite séparée de l’eau. Ainsi recueillie, celle-ci se compose d’environ 350 éléments chimiques qui la distinguent des autres huiles essentielles d’agrumes.
En fait la bergamote doit sa fortune à ses fameuses caractéristiques olfactives mais surtout à ses propriétés de fixateur. A l’époque où les parfums et les produits cosmétiques étaient composés exclusivement de produits naturels, l’huile essentielle de bergamote était considérée comme indispensable à la constitution des bouquet et elle était utilisée pour amalgamer toutes les essences contenues dans les parfums et en conserver la fragrance dans le temps. Pour trouver une propriété similaire, il fallait utiliser de l’huile d’ambre extraite des glandes de cétacés. C’est pourquoi la période qui va de l’apparition de la bergamote en Calabre (vers 1650) à la diffusion des produits de synthèse dans la cosmétique et dans la parfumerie mondiale (années 1950-60) fut appelée “l’âge d’or”.

Initialement, lorsque la plante est apparue à Reggio de Calabre, les premiers producteurs ont compris que de la pression à la main de l’écorce sur une éponge, ils pouvaient extraire une huile parfumée, aussitôt appelée aqua admirabilis, utilisée pour ses propriétés antiseptiques et antibactériennes en médecine naturelle. Ce n’est qu’au début des années 1700 que l’usage de l’essence changea radicalement grâce à l’intuition d’un parfumeur de Vérone, Gian Paolo Feminis, qui vivait à Cologne, en Allemagne, et créa avec l’aqua admirabilis la première “eau de Cologne”, connue sous le nom de “4711”, du numéro du laboratoire où il travaillait. A partir de ce moment, l’usage de l’essence de bergamote devint quasi exclusivement l’apanage de la parfumerie et de la cosmétique qui se développait lentement, surtout en France.

Bonbons et thé à la bergamote
Mais ce ne fut pas la seule utilisation. Vers la fin des années 1700, à Nancy, naquirent les “bonbons à la bergamote”, devenus très vite un produit typique de la ville. Puis, vers la fin des années 1800, un lord anglais, Sir Grey, propriétaire d’une vaste plantation de thé en Inde, eut lui aussi l’intuition d’aromatiser les feuilles de thé indien avec la fragrance de l’essence de bergamote de Calabre. De ce mariage est né le thé Earl Grey, devenu depuis le siècle dernier l’un des thés aromatisés le plus bu au monde. C’est dommage qu’il ne soit pas fait mention de la région d’origine de la fragrance qui caractérise ces deux fameux produits. Mais c’est une autre histoire...

La période d’or de la bergamote qui a contribué au développement économique du sud de la Calabre a connu un tournant, malheureusement négatif, quand l’industrie chimique, dans les années 1950, a remplacé les substances naturelles par des produits chimiques. La culture des “jardins de bergamote” devint de plus en plus onéreuse et antiéconomique. Mais cela n’empêcha pas la majeure partie des producteurs de continuer à cultiver la bergamote dans la tradition. Attitude difficile à comprendre dans une économie mondiale où la recherche du profit est la règle....! Cela s’explique peut-être par le fait que les Calabrais sont têtus (c’est bien connu)… ou parce que dans les familles des vieux producteurs on se rappelait, avec regret, les années de l’âge d’or… ou peut-être parce que la fragrance emprisonnée dans l’huile essentielle rend optimiste (ce qui est reconnu par des scientifiques spécialistes de l’aromathérapie), rend les gens de bonne humeur, les éloigne de la dépression et de l’anxiété. Les producteurs de bergamote seraient des drogués sans le savoir.

Mais cette persévérance qui a duré des décennies récompense ceux qui ont cru au renouveau d’un produit unique au monde. Ces dernières années, une prise de conscience des bienfaits sur la santé de nombreux produits naturels a relancé, sur le marché mondial, l’utilisation de l’essence de bergamote, grâce au développement notamment de l’agriculture biologique. Cette nouvelle conscience mondiale a donné une nouvelle impulsion aux producteurs de bergamote découragés par des années de crise, par des prix de vente dérisoires, et a fait en sorte que beaucoup ont relancé la culture de ce “fruit du paradis”.
L’Union européenne leur a prêté main forte en déclarant la bergamote produit DOP [1].
Il est également proposé que les “jardins de bergamote” soient classés au patrimoine mondial de l’humanité.

Ugo Sergi

Azienda agrituristica Il Bergamotto di Ugo Sergi
Via Amendolea, 89030 Condofuri Reggio Calabria, Italia
Contact : ugosergi(at)yahoo.it
Tel: (+39) 0965727213

Lien à l’article original paru précédemment en italien sur Altritaliani
http://www.altritaliani.net/spip.ph...

Traduction de Marc Delacherie, président de l’Association Passeggiate - Randonnées pédestres au sud de l’Italie hors des sentiers battus
http://passeggiate.free.fr/home.html
Contact: passeggiate(at)free.fr

[1*Note du traducteur : le sigle DOP, Denominazione di Origine Protetta, soit “dénomination d’origine protégée”, est le label italien correspondant à l’appellation d’origine contrôlée (AOC) française.


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